vendredi 19 mai 2017

Geste se voulant corps

L'observation de comédiens au travail (cf post précédent) et la fréquentation plus régulière des salles de spectacles (de théâtre, de danse), ont rendu manifeste qu'il s'y joue quelque chose qui me parle/m'importe et que ce quelque chose concerne le corps ou ce qu'il y fait. 
Je n'y connais rien et ma méthode pour gratter cette démangeaison inattendue c'est le dessin. L'idée sous-jacente est simple : l’œil comprend par la main et inversement.
Pour débuter, j'ai regardé Pina de Wim Wenders, les croquis qui suivent sont fait à partir du film.

Le film expose le travail de Pina Bausch et, pour se faire, se compose d'extraits des chorégraphies interprétées (sur scène et en extérieur) par plusieurs générations de ses danseurs, d'images d'archives, et d'interviews des danseurs qui parlent de Pina Bausch. 

Les interviews prêtent à Pina Bausch les pouvoirs psychiques habituels qu'on prête aux artistes dans les biopics ou les documentaires, et c'est très problématique :
- par la conception de l'art que ça véhicule (et l'idéologie sous-jacente) 
- à sanctifier Pina Bausch, ça ne nous dit rien de son travail...
Ce genre de procédé naze (et à mon sens plus dégueulasse qu'il n'y paraît) est malheureusement la norme, et plutôt que de s'attarder là-dessus je vais tenter d'en faire abstraction pour m'intéresser au reste, et notamment aux extraits de spectacle.

Le film est pensé en relief, je ne l'ai vu qu'en 2D, donc il y a une partie de l'ambition du film qui m'échappe. Néanmoins Wenders arrive, de mon point du vue, à faire du cinéma avec la danse.
C'est plutôt inespéré, étant donné que toute captation de spectacle vivant se frotte à l'impossibilité d'en saisir un des composants essentiels : la présence physique, immédiate, des corps et décors.

Wim Wenders arrive à faire affleurer des choses, notamment en filmant plusieurs fois le même instant d'un chorégraphie dans des lieux différents (sur scène, en extérieur, en répétition) et par différents danseurs, interprètes. Ce qui nous permet, en tant que spectateur, d'observer ce qui change ou ce qui se conserve, et à travers ça de commencer à percevoir la création chorégraphique au travail.
Evidemment, le fait de travailler à partir d'un matériau de cette nature, c'est à dire plat et figé, est un peu dérisoire.
Pourtant, quelques pistes émergent :
- présence intense du corps, à tel point qu'il atteint, même couvert, une forme de nudité brute non érotique/érotisée
- le corps devient geste ou le geste devient corps, en tout cas il se soumet à une volonté et l'exprime/ pour l'exprimer (ambivalence entre la puissance de ces corps et leur soumission précise, maniaque, à une intention extérieure)
Parallèlement, je suis tombé sur ces dessins que Wassily Kandinsky a réalisé à partir de chorégraphies de Gret Palucca. Au-delà de ça je n'en connais rien, j'ignore tout de Gret Palucca.


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