mercredi 10 mai 2017

DARPAzine : corps-esquisses et tramage

Avec le Darpa, je viens de sortir un zine que nous avons intitulé DARPAzine, et je profite donc de l'occasion pour exposer ici quelques uns des choix graphiques qui le traversent.

Tout d'abord, il faut s'avoir que ce fascicule concrétise 2 ans de suivi de séances de travail, suivi irrégulier certes, mais attentif. En effet, j'ai d'abord accompagné le collectif de théâtre lors d'une résidence de création en 2015 à Frameries près de Mons. Mon rôle était celui de simple observateur, sans aucune obligation de production concrète ou d'influence sur la création.

Au cours de ces quelques semaines, j'ai notamment réalisé des croquis pris sur le vif lors du travail au plateau. Lors de ces séances, ce qui m'a frappé (et intéressé du point de vue du dessin) c'est l'usage du corps par le comédien, et plus particulièrement l'usage singulier qu'en fait chaque comédien. L'individualité est soulignée, tout en devenant un champ de modulations subtiles.
Il y a, à la fois affirmation de l'unicité d'un corps et de sa multiplicité par sa capacité à adopter des régimes d'expressions différents/modifiés.

Ces croquis s'évertuent donc à saisir le corps du comédien, l'expressivité de sa posture et de son mouvement, de comprendre toute la chaîne de son expression qui part du micro-geste et aboutit par dézoom à la posture globale.






Il y a une quête de relation entre le geste dessiné et le geste qui dessine.

Dans le DARPAzine, pour mettre en scène des extraits de débats j'ai réutilisé ces croquis, en agençant à chaque fois plusieurs figures glanées dans des planches différentes et en les redessinant. Je cherchais un point délicat où la spontanéité du croquis, sans disparaître, pourrait se charger d'une matérialité plus affirmée, d'une gravité (perdre un peu en légèreté sans être pataud).

Ci-dessus la première page du DARPAzine.

En arrière plan du dessin, on constate une forme tramée. En effet chaque page (quasi) du DARPAzine fonctionne sur ce principe : un plan en noir et un plan en niveau de gris (tramé du coup).

Comme j'ai décidé d'imprimer le DARPAzine sur une petit imprimante laser noir et blanc du bureau, ça impliquait des limitations techniques : éviter les gros aplats noirs et tramer les niveaux de gris pour pouvoir contrôler et s'assurer du rendu. 
Un des axes du travail et de la recherche graphique s'est donc concentré sur le tramage. Forcément, cela fait écho aux pans poinçonné et pointillé de mon travail, mais pour moi ce choix résonne aussi avec le propos plus global : le nœud philosophique et  politique du spectacle du DARPA est une dénonciation de la technologie, l'usage de la trame cherche a rendre apparent que le DARPAzine est aussi le fruit, le produit, de ce qu'il dénonce. Il me semblait crucial que ce paradoxe (d'autant plus prégnant que la quasi intégralité des textes et dessins ont été tracés à la main) soit incarné visuellement. L'intention est notamment de souligner ou de traduire visuellement à quel point il devient ardu de dénoncer et critiquer un monde dont nous sommes les produits.

La méthode de travail comme souvent impliquait quelques opérations de mix et remixage d'images, ci-dessous on peut voir quelques étapes de transformation en partant d'une photo de téléphone prise par un co-auteur, imprimée, redessinée, scannée et tramée.




Pour obtenir des modulations et des effets dans la trame, il a fallu produire motifs et matières en niveaux de gris (au lavis ou crayon) dont il était possible, en modulant les niveaux, de tirer des effets de trames utilisables en conjonction avec les dessins.








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